Du nouveau, de l’ambition et des caps pour IMT Lille-Douai

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Nous avons rencontré Alain Schmitt, directeur d’IMT Lille-Douai depuis le 1er mai 2017. Celui qui a été directeur adjoint des Mines des Nantes, puis directeur de l’École Nationale supérieure des Mines d’Albi-Carnaux, lui-même ingénieur diplômé des Mines de Douai, est revenu avec nous sur le travail effectué depuis la prise de ses fonctions ainsi que les projets à venir pour l’école. Un vaste programme qui a débuté avec la fusion de Télécom Lille et des Mines de Douai le 1er janvier 2017.

Un peu plus d’un an après votre arrivée à la tête d’IMT Lille Douai, quel regard portez-vous sur le chemin parcouru ?

Notre premier travail a été de concevoir une école construite pour un nouveau profil d’ingénieur. Au 1er janvier 2017, l’école a été créée administrativement, mais elle a aussi été accréditée sur un tout nouveau cursus, accessible aussi bien au niveau du baccalauréat qu’au niveau des classes préparatoires. Cette accréditation est emblématique de ce qui a été fait jusqu’aujourd’hui. Le concours qui a lieu en ce moment est donc le premier qui nous permet de recruter sur cette nouvelle formation.

En interne, nous avons encore énormément de travail de structuration et d’organisation. Si 2017 était l’année de la nouvelle formation, 2018 sera l’année de la recherche : nous serons audités à la fin de l’année par le Hcéres à propos de notre stratégie en ce sens.

Le positionnement que nous allons adopter nous permettra de nous inscrire dans une logique identitaire « Institut Mines-Télécom », ainsi que dans une logique partenariale avec l’université de Lille.

Aviez-vous une ambition personnelle en particulier en prenant vos fonctions ?

IMT Lille-Douai est une école très ouverte à l’international. Elle possède notamment de très bons résultats en matière de mobilité sortante des élèves, et propose un grand nombre de doubles diplômes. En revanche, nous n’avons aujourd’hui pratiquement pas de mobilité entrante, car l’école n’avait jusqu’ici pas investi dans les formations en anglais.

Nous voulons changer cela, ce qui va se traduire à la rentrée 2018 par la mise en place de semestres académiques en langue anglaise, qui seront proposés dans chacune de nos spécialités. Puis à la rentrée 2019, nous aurons des formations de master accréditées à l’international, entièrement en anglais. L’orientation forte aujourd’hui est donc l’ancrage international dans le sens attractivité à destination de l’étranger.

Revenons un instant sur la fusion entre les Mines Douai et Télécom Lille. En quoi ces deux établissements étaient complémentaires selon vous ?

J’insiste toujours sur un point : ce qui sous-tend cette fusion, ce n’est pas la volonté de rechercher une taille critique. Si l’on rassemble une école des Mines et une école Télécom, c’est parce que nous sommes persuadés qu’il y a un besoin d’un nouveau profil d’ingénieur.

Nous avons eu la chance de partir d’une école de télécommunications, avec des enseignants-chercheurs et leurs savoirs sur les technologies du numérique, et de l’autre côté, l’école des Mines, présente sur des sciences industrielles plus traditionnelles : l’environnement, le génie civil, l’énergétique, la plasturgie… Ce rassemblement a formé une école telle que nous la concevons, incluant trois métiers : la formation, la production et la recherche scientifique, et le développement économique du territoire. Et puis, on dit que le numérique est partout, il est donc temps de montrer comment cela impacte les formations d’écoles d’ingénieurs.

En parlant justement de la révolution du numérique, quelle sera votre stratégie pour accompagner ce mouvement ?

Quand j’étais étudiant, l’apprentissage des sciences humaines et sociales était considéré par certains comme du gadget, et on voit aujourd’hui son importance et la part qu’il prend dans les cursus actuels : c’est la même chose pour le numérique. Aujourd’hui, nous voulons former des ingénieurs ayant un fort bagage en sciences humaines, mais aussi en numérique car nous en avons besoin partout et il révolutionne les sciences par elles-mêmes. Plus qu’une teinture, c’est une culture numérique que nous voulons inculquer aux élèves.

Nous comptons tout d’abord faire émerger de nouveaux sujets de recherche liés au numérique, qui seront utiles à l’entreprise. En matière de formation, nous voulons que nos élèves aient un bagage fort dans le domaine du numérique, mais sans pour autant en faire des spécialistes de ce domaine, car notre parcours en trois ans reste malgré tout généraliste.

Comment cet accent mis sur le numérique peut vous permettre de vous démarquer des autres établissements ?

Notre positionnement principal reste que nous nous basons sur quatre domaines structurants qui sont les sciences et technologies du numérique, les procédés industriels de service, les matériaux et structures et l’énergie et l’environnement. Mais nous nous différencions en faisant en sorte que le numérique soit pleinement intégré dans notre cursus.

Nous voulons aussi nous servir du numérique pour évoluer en termes de pédagogie. Télécom Lille a été une des premières écoles en France à proposer l’enseignement à distance, il y a 30 ans, via des cassettes vidéo. Cette caractéristique est restée, et nous bénéficions d’un savoir-faire extrêmement poussé de Télécom Lille, mais aussi des Mines de Douai : c’est une force sur laquelle nous souhaitons nous appuyer aujourd’hui. Nous avons d’ailleurs connu une belle réussite suite à l’appel à projets de l’ICIT sur les innovations pédagogiques : sur les 10 lauréats, 3 provenaient d’IMT Lille-Douai. Parmi nos projets, de l’escape game au service de la formation ou encore le blended learning qui permet à nos apprentis de suivre une partie de leur enseignement à distance.

À propos de l’apprentissage, en quoi est-ce important à vos yeux et comment comptez-vous développer ce mode de formation ?

L’IMT s’inscrit dans une dynamique de croissance du nombre d’apprentis ingénieurs. Notre stratégie à Lille-Douai est d’accroître ce chiffre, mais de façon modérée sur la formation généraliste étudiante, car nous sommes déjà la plus grosse école à cet égard parmi les IMT : sur le concours Mines Télécom, nous avons aujourd’hui un effectif de 230 places en apprentissage cette année, quand nos écoles sœurs en ont 180.

En revanche, sur l’ensemble des filières, nous voulons accroître l’apprentissage de 25 %, soit 5 % par an. Nous voulons même doubler les effectifs sur les filières numériques. L’objectif est qu’en 2022, nous ayons notamment 25 % d’apprentis en plus sur les filières plasturgie, génie industriel et énergétique. Cela correspond à une vraie demande des entreprises ainsi que de notre CFA partenaire Formasup.

À savoir que les élèves en apprentissage bénéficient d’une insertion professionnelle particulièrement favorable : 98 % de taux d’emploi dans les six mois suivant la fin de leur cursus, avec un niveau de salaire qui est légèrement supérieur à celui des autres étudiants : ce mode de formation est donc particulièrement apprécié par les recruteurs.

Quel est votre positionnement sur la question de la féminisation dans les écoles d’ingénieurs ?

Nous avons 25 % à 30 % de filles dans notre établissement. Ce que l’on peut faire dans les écoles d’ingénieurs pour encourager la féminisation des effectifs, c’est faire témoigner les filles de leur expérience pour encourager les autres. D’autre part, à Lille-Douai, le personnel et les étudiants s’impliquent beaucoup dans diverses associations et actions en faveur de la féminisation : nous avons par exemple ouvert nos portes une matinée à des lycéens et leurs parents pour qu’ils entendent le témoignage de filles ingénieurs, car pour nous il faut sensibiliser dès le plus jeune âge.

L’objectif est de donner la parole et montrer que tout le monde peut s’épanouir dans des métiers scientifiques, qui ne sont pas réservés à une seule catégorie de population. Rien ne s’oppose à ce que des femmes fassent une carrière d’ingénieur, mais c’est vrai qu’il reste des clichés. Dans l’école que je dirigeais auparavant, nous avions une filière, celle de pharmacien ingénieur, où il n’y avait que des filles pour un seul garçon.

D’une façon générale, nous pensons qu’il faut redorer le blason des métiers scientifiques et d’ingénieurs, car là où il y a quelques années, les jeunes rêvaient d’être ingénieurs, ils rêvent aujourd’hui d’être golden boy…

Quelle importance ont pour vous les différents palmarès et classement des écoles de l’enseignement supérieur ?

Je suis extrêmement prudent sur les classements, y compris depuis deux ans où nous faisons d’excellents scores. Je demande toujours à ce que l’on ne fanfaronne pas trop par rapport à cela, car je trouve que ces palmarès sont très volatiles : les critères changent sans cesse, faisant totalement basculer l’ordre des écoles. Je m’en méfie et je me contente de dire qu’il y a 240 écoles d’ingénieurs en France, dont 160 qui ont le label des grandes écoles, nous en faisons partie et, quel que soit le classement, nous sommes toujours plutôt bien positionnés. Quand nous participons, nous le faisons très sérieusement, mais cela ne représente pas l’alpha et l’oméga pour nous.

Concluons en parlant de la vie étudiante d’IMT Lille-Douai. Par quels moyens est animé le quotidien des jeunes à l’école ?

Nous avons une vie associative extrêmement dynamique avec un bureau des élèves, un bureau des arts, un bureau de l’humanitaire et un bureau des sports. Nous participons aussi à des compétitions au niveau du réseau des écoles de Mines, y compris hors de France : nous en avons d’ailleurs reçu une à Douai dernièrement, avec plus de 2000 élèves français et étrangers qui ont participé. Cela montre le dynamisme de nos élèves, qui ont d’ailleurs été excellents ! C’est cet ensemble qui constitue un environnement que j’espère agréable pour nos étudiants.